Cela faisait déjà quelques temps, que cette idée me turlupinait. J’avais, ce soir, envie de vous la faire partager.
Former à l’accompagnement social, le plus souvent durant 3 années en école ou institut de travail social, les assistants sociaux, et de manière générale, les travailleurs sociaux, accompagnent les personnes en difficulté vers l’autonomie, tout en les responsabilisant.
Responsabiliser, ce n’est pas l’action de rendre coupable. Au contraire, c’est l’action de rendre acteur, de faire faire à cet autre, les premiers actes (de la vie) pour exister dans la société.
Etre autonome, c’est agir soi-même, sans avoir le besoin de compter sur un autre.
Si l’assistant social est un maillon (fort) vers la responsabilisation, il doit être un maillon (faible) en ce qui concerne l’autonomie des personnes accompagnées.
D’ailleurs, accompagnement et autonomie ne sont-elles pas des terminologies paradoxales ? Comment une personne peut-elle être autonome, lorsque l’amélioration de sa situation dépend de l’accompagnement social ?

Cette réflexion ne m’est pas venue pendant mes années d’études. Comment cela le pourrait-il, puisque, emplis des grandes valeurs humanistes, étudiants, nous n’aspirons qu’à permettre à toutes les personnes, qui en ont le plus besoin, d’être les plus actrices dans la vie, dans la société. Innocents et innocentés.
Cette réflexion m’est donc tombée dessus dans ma vie professionnelle. C’est vrai que le travail fait parfois réfléchir. D’ailleurs, c’est ce qu’on nous apprend à l’école. Se remettre en question en permanence, se questionner sur nos choix, nos positions, nos actes professionnels. Pourquoi ? Pour qui ? Avec qui ? Comment ? Encore…

Notre métier est passionnant car il est diversifié. Les entretiens sont tous des rencontres différentes, avec des personnes aux histoires individuelles, plus ou moins touchantes, attachantes, scandaleuses, éprouvantes. Des rencontres où l’on peut rire, sourire. Ou bien frissonner d’émoi, des sans toits, des pas de pot.

Mais il y a un dénominateur commun, devenu un leitmotiv presque insupportable. Celui du « vous avez vos papiers » ? « C’est pour le dossier ».
Le carcan administratif, celui de l’administration. Ce carcan là, je peux le dire « m’a tuer ».
Il est évident que les personnes en difficulté trouvent dans notre travail un soutien, une épaule, une plume parfois. Tant les dossiers administratifs sont complexes, lourds, décourageants.
Nous ne pouvons pas nous plaindre. Nous étions prévenus : c’est l’administration. Doit-on l’accepter ? C’est une autre histoire, le côté obscur du job. La suite dans un prochain article …

C’est la première dépendance créée par ce système. Celui qui (dé)forme des professionnels de l’accompagnement pour pourvoir à ses propres lacunes. Finalement, l’administration est la seule qui reste autonome (pour faire) dans cette histoire, leur histoire.

Revenons à notre « histoire ». Je décrivais nos missions, telles des arc-en-ciel aux couleurs si différentes les unes que les autres. Logement, hébergement, santé, difficultés financières-budget, enfants, famille-couple, handicap, retraite, dépendance-vieillissement, surendettement…Caf, Cnav, Cramif, Sécurité sociale, Pôle emploi, Cmp, Cmpp, MDPH, Mairies, Ccas, départements, régions, Drjcs, Clic, Ars, Dgfip, Médiateurs, bailleurs, Edf-Gdf, associations, tribunaux, préfecture, commissariat…

Il y en a du monde autour de nous…
Oui mais, si nous, nous les connaissons tous, eux, ne connaissent que nous.
Et c’est là que la bas blesse.
Chaque services (publics) pouvant être utiles voire indispensables pour les personnes en difficulté a son petite formulaire, sa petite fiche de liaison. Une paperasse aliénante à compléter par un travailleur social, parfois accompagnée d’un rapport social.
C’est à dire que la personne doit venir voir un assistant social, même s’il n’en fait pas la demande et qu’il n’a jamais (ou n’aurait pas souhaité) fréquenter un service social.

autonomie

Vous vous retrouvez par exemple en difficulté, une panne budgétaire liée à un imprévu ou un déséquilibre grave de vos finances (quand vous êtes aux minimas sociaux ou bien vu les prix exorbitants des loyers, ça peut effectivement arriver), vous ne pouvez pas aller à l’épicerie sociale associative. Non ! Il vous faut un « mot » de l’assistant social. Qui a parlé d’autonomie ?

Autre exemple : vous êtes sans hébergement, en expulsion locative, vous avez besoin de trouver une solution. N’essayez pas de rechercher vous mêmes, en démarchant des résidences sociales, des foyers. Non ! Il vous faut « un mot » de l’assistant social. Qui a parlé d’autonomie ?

Et si jamais vous avez eu le courage d’aller dans un service social (il y en a sans doute des plus attractifs que d’autres …), vous devrez en plus rédiger une lettre de motivation, pour motiver votre motivation à être motivé à entrer dans une résidence sociale.

Double peine.

C’est le pompon.

Vous comprendrez que l’accompagnement doit avoir ses limites, pour que l’autonomie retrouve son « sans ».

 

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