Paradoxe d’un secteur medico-social libéralisé…

La crise, le déficit et la dette publics ont bon dos. A trop nous rappeler les contraintes budgétaires, qui obligent à couper dans les dépenses, l’on finirait bien par ne plus y croire. L’Etat se désengage, délègue ses activités sociales au secteur associatif, sous-traite à des filiales de grandes entreprises (la Banque Postale pour le DALO …).

Croyez-vous que sont les riches ou bien les pauvres, qui ont été les plus touchés par la crise ? Qui a la vie la plus dure de nos jours ?

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Il semble que le capitaliste libéral se porte pourtant très bien. Pour preuve, le CAC40 à gagné près de 55% depuis la crise de 2008, passant de 3000pts à plus de 4600 pts en 2016. Depuis le plan de licenciement d’Air France en novembre dernier, l’action de cette grande entreprise a gagné plus de 20 % en bourse. Il vous faudrait attendre plus de 20 ans pour gagner l’équivalent avec un LivretA. Cela démontre parfaitement la déconnexion entre l’économie réelle, sensée être productive, créatrice d’emplois et de bien être, et l’économie de la finance, qui a pris le pas sur la lutte contre les inégalités. Pendant que les riches s’enrichissent, les pauvres deviennent plus pauvres, ou du moins, reste pauvre.

Le capitalisme libéral ne mène pas à la croissance du bien-être, mais à une croissance des flux financiers. C’est d’ailleurs pourquoi l’OCDE et les gouvernements recherchent d’autres indicateurs basés sur des critères autres que quantitatif pour mieux nous faire avaler la pilule.
Par ailleurs, il est important de comprendre que la variable d’ajustement de profitabilité et de rentabilité pour les entreprises est l’emploi. A court terme l’entreprise préfère licencier plutôt que d’investir dans des machines plus performantes, ou bien dans la recherche et le développement, afin de créer de nouvelles activités rentables. L’entrepreneur semble avoir perdu son goût pour l’aventure. La main invisible semble s’être perdue également…

Vous comprendrez donc pourquoi la délégation des activités de l’Etat à des organismes privés, mis en concurrence les uns avec les autres, est un paradoxe lorsqu’il s’agit du secteur medico-social.
Je m’explique.

Le secteur medico-social c’est quoi ?
C’est l’ensemble des services à finalités sociale et médicale proposés à des personnes, afin de répondre à des besoins, le plus souvent qui sont des services réglementés.

D’une manière générale, sauf intervention publique, ces services sont peu ou pas rentables. Par exemple, en matière d’insertion professionnelle, le fait de former, d’aider un demandeur d’emploi à se mobiliser, à faire un CV, à préparer un entretien d’embauche ne peut pas être rentable, sauf à ce que la personne aidée paye cette prestation. Autre exemple, la prise en charge de personnes dépendantes (aide à domicile d’une personne âgée, séjour en établissement) est difficilement rentable, tellement les coûts sont importants. Ou bien encore la prise en charge d’un enfant placé à l’aide sociale à l’enfance ne pourrait l’être entièrement par ses parents s’il en a, ou par lui-même étant mineur et sans revenu…

L’intervention publique devient donc nécessaire pour au moins équilibrer les budgets des organismes gestionnaires, voire y donner une rentabilité. Par exemple, le groupe ORPEA, qui gère des EHPAD, cliniques psychiatriques… à savoir des services avec des coûts élevés à destination de publics difficilement solvables, a vu son chiffre d’affaire augmenté de +100% depuis 2010, atteignant près de 2 milliards d’euros . Son action en bourse a pris +166% depuis la crise de 2008.
En parallèle les dépenses publiques de protection sociale (aides sociales à l’hébergement, allocation personnalisée pour personnes âgées, subventions…) ont doublé en France depuis 50 ans, atteignant plus de 670 milliards d’euros.
A qui profite le crime ? Que font tous ces grands groupes avec tous « nos » profits « publics » ?

Et si l’Etat était devenu libéral, à mettre toutes ces entités en concurrence pour optimiser au maximum sa dépense, telle que l’enseigne la théorie classique, devenue européenne, de la concurrence pure et parfaite ?

Déléguer des activités du secteur medico-social, c’est donc nécessairement confier des services coûteux destinés à des personnes, qui ne peuvent les payer dans leur globalité. D’un côté les fonds publics compensent la facture pour garantir l’accès au plus grand nombre à ces services. De l’autre côté les gestionnaires associatifs ou entreprises privés gèrent ces prestations avec le soucis de l’efficience de la dépense à l’euro près. Faire plus avec le moins. Ce qui est rarement gage de qualité, alors même que l’action du secteur medico-social est fondé sur une réglementation forte en matière de qualité du service public, exit le profit et la rentabilité.

Nous pourrions presque nous féliciter de la forte présence du milieu associatif dans le secteur medico-social, si nous ne devinions pas, cachée sous les hospices de la solidarité, une manipulation d’un capitalisme libéral.

Ce sont des principes, en tant que travailleur social, qu’il nous faut défendre au quotidien dans nos interventions sociales. L’évaluation est devenue évidente, certes, mais le poids des critères quantitatifs, quant à lui, reste révisable à la baisse, me semble t-il …

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