Vis ma vie au Rsa… (Episode 1/3)

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Toi, qui me lis, je t’offre une nouvelle vie, la mienne en fait. Elle n’est pas si neuve, pas si fraîche, d’ailleurs, je crois que je ne l’aime pas, ma vie. Alors je te l’offre, comme un cadeau. Pourrie, ma vie.

Si seulement on pouvait les échanger, nos vies. On serait enfin tous égaux.

Il y a encore 15 ans, j’avais un super appart’, une femme et un bon job. Je gagnais bien ma vie. La vie, elle s’offrait à nous. Et puis, les années ont passé. La crise, elle, a décidé de poser ses bagages chez moi. Et c’est là, que tout a basculé.

Mon entreprise a fait faillite, j’ai été licencié, ma femme m’a quitté. Seul, à assumer un loyer à quatre chiffres, avec quelques centaines d’heureux assedics, c’était la déprime. Grosse déprime. Maudit, comme un moins que rien, un rien en moi, plus rien de rien, j’ai ouvert la bouteille, mes chagrins, mes plaisirs, croyant me foutre du passé, car ma vie, car les joies, aujourd’hui, ça va finir ici sans toit.

J’en ai broyé du noir. L’alcool coulait dans mes veines. Je saignais mon coeur, en pleurs. Seul. La mort avait presque le goût d’une liberté non assumée. M’accrochant à ce soleil levant, j’ai bien essayé pourtant. Mais le destin s’est acharné sur ma pauvre vie. Foutue, ma vie.

Inapte à faire deux pas, à verser le café dans la bonne tasse, à sonner à la bonne porte, à ouvrir la bonne boîte, à aligner deux mots sans dire une connerie… finalement bon ah ah ah ah … Rien.

Au bout de quelques années, j’ai fini au Revenu de Solidarité Active, le Rsa quoi. 500€ à tout casser. J’en ai cassé des cochons, fait des fonds de poche. A fumer du papier quand j’avais plus de clopes, à bouffer du pain sec, à me geler les miches, à accumuler les dettes, paperasse, la crasse, j’en avais marre. Marre de tout, marre. C’est pas faute d’avoir envoyé des CV, les maux bien alignés. Toujours les mêmes huissiers qui m’appelaient…

La dette de loyers s’est très vite accumulée, atteignant plusieurs milliers d’euros. J’avais gagné un loto, sans jouer. J’en riais, tellement je devenais tordu. Avec mes 2 grammes dans le sang, je riais tout le temps. Quand le juge m’a convoqué, je me suis caché. Tellement j’avais honte. Je buvais pour oublier.

Tout était fini.

Et puis, un jour, c’est le service social qui m’a invité à venir le voir…  (Suite à venir)

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