Tu l’as vu ma vie dans le 1er épisode.
https://assistantsocialencolere.com/2016/01/25/vis-ma-vie-au-rsa-episode-13/
Alors t’en penses quoi ?

Ouais, c’est pas la vie en rose, n’est ce pas ? Tu m’envies plus, avec mon Rsa. Tu ne pourrais plus te payer un verre à la terrasse d’un café. Plus respirer l’air de liberté pendant tes congés d’été, parce que d’abord t’as pas de congés et que t’es plus payé. Tu devras choisir entre aller au ciné et manger. Entre toutes ces choses, qui n’ont pas l’air comme ça, mais qui creusent vite le déficit.

Alors voilà, un jour, j’ai reçu un courrier du service social. J’étais expulsé, seul, presque à en crever. Et lui, il m’a écrit. Il a voulu me voir, savoir ce qu’il se passait dans ma vie. Bah rien, il se passait rien dans ma vie, si on peut appeler ça une vie. J’avais l’impression de survivre. Il a voulu savoir si j’allais bien. A part bouffer de la pâté pour chien, ouais, ça tournait pas rond. Me dire mes droits, m’expliquer la loi, m’accompagner dans ce chemin tortueux de l’administration. Alors, je me suis dit, pourquoi pas, après tout ça fait des années, que j’étais tombé d’en haut, du con.

Dans le bureau, ça sentait pas bon. C’était pas les locaux, c’était moi. J’avais bu. Un peu trop. C’était tôt, je sais, mais j’avais qu’elle, les matins, pour me rassurer, trouver un peu de tendresse. Quel poison.

L’assistant social, face à moi, me posait des questions. D’où je venais, ce que j’avais fait, avec qui je vivais, ce qu’il se passait. Bref, des questions sur mon passé. Mais moi, c’est de moi, que je voulais qu’on parle. De la merde dans laquelle je me trouvais. C’était glauque ma vie. Pas très drôle pour l’assistant social, j’imagine. Il a bien essayé de se mettre à ma place, de me comprendre. Le pauvre. J’étais las, une épave. J’essayais de lui répondre, d’aligner quelques mots.

J’étais pas bavard. Il a quand même réussi à me faire parler de moi, de mes malheurs, de mes problèmes. Je lui ai montré quelques papiers, bien froissés, un peu arrosés. Le pauvre, c’était pas beau tout ça. Après tout, c’est lui qui l’a cherché, il m’a écrit. Fallait pas m’écrire. Fallait me laisser.

A la fin, il m’a proposé un truc. De nous revoir. Pour faire quoi ? lui-ai je demandé. Il avait un plan à me proposer. Un plan ? On allait mettre en place ensemble une stratégie. Comme quand on part en guerre, on réfléchit, puis on attaque. Il m’a fait rire, le con.

Le jour d’après, il m’a sorti son artillerie. Une aide juridictionnelle pour qu’on me défende à l’audience pour l’expulsion locative, un dossier de surendettement pour traiter les dettes, un accord collectif pour demander un logement social, un fonds de solidarité logement pour … on a même était ensemble sur internet pour demander un foyer temporaire au SIAO, le service intégré d’accueil et d’orientation, le nouveau truc du gouvernement m’a t-il expliqué, pour aider les gens comme moi… c’était beaucoup de choses pour moi. Beaucoup de dossiers, de documents à lui remettre, de dispositifs à comprendre…

Bon après, il m’a quand même dit, qu’il y avait beaucoup de si…et qu’il n’avait pas de baguette magique. Ouais, il m’a fait rêver, il a presque réussi à me redonner espoir. C’est pas que je voulais pas, mais quand même, tout ça c’est dur pour moi. Y en a qui disent, que les gens au Rsa, c’est des fainéants. Qu’ils n’ont qu’à aller bosser. Yakafokon, c’est vrai que ça paraît si simple.

Au début, j’en voulais même pas, moi, du Rsa. Mais voilà, quand on crève la dalle, qu’on a froid, qu’on perd la dernière miette de son humanité, qu’on nous voit comme un moins que rien, comme la peste, et bien, moi aussi je suis humain, cette dignité, j’en avais vraiment besoin. Alors oui, je l’ai pris ce Rsa. Mais je vous jure, que si vous la voulez ma vie, je vous la donne !

L’assistant social a dit qu’il allait m’aider, pendant des mois. C’est qu’il a du voir, que j’étais un cas.

Mais bon voilà, c’est quelqu’un qui m’a dit, qu’il pouvait m’aider encore, que tout restait possible, alors …

J’ai décidé de rebondir.

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