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Lors de mes études d’assistant social à l’Institut régional de travail social, je n’ai pas souvenir d’une formation à l’informatique, ni d’une sensibilisation à la fracture numérique. Le monde change. D’ailleurs, la sémantique exacte gouvernementale est le fossé numérique. Un fossé, cela doit faire moins mal qu’une fracture. Quoique, en tombant l’on peut aussi se fracturer … bref.

Personnes âgées, publics en précarité… le virtuel est bien réel, il n’épargne personne. Près d’1 personne sur 6 n’aurait pas accès à internet et près d’1 sur 3 n’en n’aurait pas la maîtrise. Ces stats augmentent chez les personnes âgées et les personnes aux faibles ressources. Ce monde à deux vitesses devient de plus en plus prégnant dans notre boulot. Cette inégalité sociale est entrée désormais dans le quotidien de toutes les personnes en difficultés.

En gros, nos usagers sont disqualifiés ! Serge Paugam peut revoir sa copie. En 1991, il décrivait la disqualification sociale, comme une exclusion liée au travail et au manque de ressources. Aujourd’hui, c’est l’outil principal de la communication moderne, celui qui doit relier sur une toile all of the world… c’est ce monde, aujourd’hui, qui exclut.

Je vote pour des formations à l’utilisation de smartphones et pour la fourniture d’Ipad de fonction. Nous recevons des personnes, qui doivent déclarer leurs ressources tous les trois mois à la Caf, obligatoirement par internet, ou bien encore s’inscrire à internet. On fait comment ?

-« Bonjour Madame, veuillez sortir votre Smartphone, l’entretien va commencer »

Avoir accès à internet, ne signifie pas en avoir la maitrise. Quand on reçoit les usagers en entretien combien de fois devons nous nous connecter ? Aujourd’hui, tout est en ligne et tout doit se faire en ligne : aides de la Caf, inscription Pôle emploi, dossier sécurité sociale, inscription demande logement et Siao…

On nous prévient que les traitements sont bien plus rapides par internet qu’en version papier (quand elle existe encore). Mais alors, comment toutes ces personnes, pourtant bien identifiées dans les études nationales et internationales sur la fracture numérique, vont et peuvent-elles faire ?

(l’usager s’assoie, l’ordinateur détecteur de mouvement s’allume) : « Bonjour, je suis votre assistant social robotisé, veuillez prendre votre stylet, je vais vous lire vos droits (sociaux) ».

C’est encore bibi l’assistant social, qui prendra son rôle à coeur pour (re)connecté toutes ces personnes exclues par la société à … la société. C’est tellement logique et productif.

-« Bonjour Monsieur, veuillez sortir votre prise, nous allons nous connecter »

En 2012, l’Observatoire des non-recours aux droits a publié une étude : des milliards d’euros non demandés pour le Rsa, les droits santé Cmu, Cmu-C, ACS, les aides à l’énergie … On peut revoir la copie, le net va rendre tout flou, fou.

Marin Hirsch a alerté en 2013  dans « Cela devient cher d’être pauvre », que les publics en difficulté sont condamnés à une double peine. On en ajoute une 3ème ? C’est encore tellement logique.

Dans les accueils des services publics on vous répond que les inscriptions se font sur internet, que les dossiers de candidatures s’envoient par mail, que les demandes de rendez-vous se font directement en ligne. Et si jamais vous osez utiliser le bon vieux papier avec services de la poste, on vous demandera votre mail pour envoyer un accusé de réception et une réponse , le comble. Et parce que vous n’êtes pas assez riche pour tout faire de votre smartphone, on vous demandera en plus d’envoyer d’avance enveloppe sur-timbrée pour qu’on vous renvoie des documents, si jamais vous vous êtes trompés (parce que les dossiers sont tellement compliqués, qu’on sait d’avance que vous allez vous tromper).

C’est fort en café, non?

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L’accessibilité des services publics n’est pas qu’une question de proximité géographique ou physique. C’est pas non plus une question quantitative.

La fracture numérique nous montre bien que l’humain est essentiel. L’accompagnement des personnes en difficulté est la réponse sine qua none à l’amélioration de leur situation. Restons (dé)connectés !

 

 

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