Protection de l’enfance et l’angoisse de l’I.P, ou Information Préoccupante, dans le jargon.

L’assistant social est missionné pour intervenir dans le cadre de la protection de l’enfance. On citera le sacro-saint article L375 du code civil : « Si la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d’assistance éducative peuvent être ordonnées par justice « .

La-surexposition-des-femmes-dans-les-questions-de-protection-de-l-enfance_lightbox

Chaque jour, des Informations Préoccupantes (I.P),  envoyées par une cellule spéciale de recueil des signalements venus de partout, parviennent dans la boîte à lettre, la boîte à I.P. de l’assistant social. Une fois l’IP reçue, on est tenu d’effectuer une évaluation globale de la situation, centrée sur l’enfant, et de renvoyer un rapport complet sous quelques mois. La cellule prendra la décision de transmettre au procureur, ou pas, pour la suite de l’affaire (placement, mesure éducative…).

A l’ouverture du pli, c’est toujours la même angoisse. Quelle horreur vais-je encore découvrir ?

J’appréhende beaucoup les enfants battus physiquement et avec sévices sexuels. Y a pas pire, que d’imaginer un enfant souffrir, tout en restant impuissant.

Quand on ouvre la boite à IP, c’est toujours la même procédure. On lit le long topo du signalement. Il s’agit d’un texte normalement très détaillé, rappelant le contexte et la souffrance de l’enfant. Moi, qui n’aime pas les détails, je suis toujours gâté.

Il arrive parfois que le texte soit court. A croire que la personne, qui a rédigé avait le trouillomètre. Parfois, ce sont les parents eux-mêmes, qui sont maltraités. Bien oui, tous les gosses ne sont pas des anges. Mais les chiens ne faisant pas des chats, nous n’oublierons pas, qu’ils ne sont pas nés comme ça…

La dernière fois, c’était une gamine de 5 ans, devenue méchante. Elle insultait et crachait même sur la directrice de l’école, la sale gosse. Les parents ont eu la bonne idée de demander de l’aide. Au fil de « l’enquête », il s’est avéré, que ces deux adultes, qui vivaient dans un 17m² avec leur fille, « s’engueulaient » quotidiennement.

Monsieur -« Elle m’énerve ma femme, alors je la prends par les cheveux, pour qu’elle se calme. Ma fille aussi, quand elle l’énerve, elle essaie de lui tirer les cheveux, mais ça va, elle n’arrive pas car elle est trop petite ».
Bien voyons, ça sera mieux quand elle sera plus grande ?!

Madame -« Il sort de la maison, sans me dire où il est. Je n’aime pas. Alors je l’appelle jusqu’à ce qu’il réponde. Je crie des gros mots au téléphone devant ma fille, oui ça m’arrive. Le problème, c’est qu’elle répète ».
Non, c’est vrai ?!

Assistant social-« Madame, est-ce que Monsieur tape votre enfant ? »
Madame-« Oui »
Assistant social -« Et vous ? Comment faîtes-vous quand elle ne vous écoute pas ? »
Madame-« Parfois je la tape aussi »
Assistant social-« Finalement,vous utilisez tous les deux le même procédé, vous tapez votre enfant »
Madame– « Mais moi c’est pas pareil, je suis une femme, j’ai moins de force que mon mari »

Parfois, j’ai l’impression que les sales gosses, ce ne sont pas les enfants, ce sont les parents…

 

 

 

 

 

Publicités