Le jeu d(e)rôle de l’assistant social 4/5

Le boulot d’assistant social n’est pas un long fleuve tranquille. Il oscille entre désespoir et espoir, fatigue et dynamisme, entre larme et plaisanterie, folie et réalité, entre passé et avenir, entre mort et vie,  colère et amor, entre urgence et patience… Chaque situation est unique, même si la thématique de la résistance, elle, est redondante. Il y a toujours cette discrète fragrance de pensées amères, qui nous ramène aux limites de notre métier. C’est bien connu, nous ne sommes pas des fées, pas de pouvoirs ni de baguettes magiques.

On me dit souvent qu’être assistant social, cela ne doit pas être facile. Je réponds toujours, que c’est pour les personnes, que j’accompagne, pour qui c’est le plus difficile. Moi, j’ai un masque, qui pleure, parfois, qui rit, aussi, de l’intérieur. Un peu comme la Comedia Del Arté. Y a des spectateurs et des acteurs. Les gens que je reçois, ce sont eux les vrais acteurs.

Je me sens souvent un peu bête à chaque rencontre de demander avec la même rengaine : « Vous allez bien? » . Le service social, ce n’est pas l’hôpital, mais on n’y passe rarement pour prendre le thé et le petit gâteau, qui va avec. Quoique, y en a bien des gâteaux, un peu gâteux. A chaque début de rendez-vous, j’ai l’impression de rentrer dans la peau d’un comédien. Imaginez une salle d’attente, qui n’attend que vous. Vous avez votre petit dossier sous le bras et là vous faîtes votre entrée, comme au théâtre. Tous les regards se figent sur vous. Tout le monde attend son tour. Vous faîtes l’appel. Beaucoup de déçus, une seule élue. La personne passe rarement son tour dans un service social.

Lorsque vous débutez un entretien, vous prenez place face à l’usager. Il arrive que des personnes s’assoient à la place du roi. Qui a dit que les demandeurs d’emplois ne voulaient pas travailler ?   Alors je fais comme si j’étais l’usager. Et c’est drôle quand les rôles changent. L’empathie prend alors tout son sens, sa perspicacité.

Il m’est arrivé qu’une personne ne voulait, au contraire, pas s’asseoir. Quand je dis ne pas s’asseoir, c’est qu’il ne voulait s’asseoir nulle part. Il était grand, très grand, assez fort, un peu remonté. « Vous voulez rester debout Monsieur? » Après tout, il est libre. « Non je veux partir, vous servez à rien de toute façon » . C’est une rencontre forte agréable au premier abord. Il dégageait malgré tout une profonde douleur. Vous n’avez que quelques secondes pour réfléchir à une stratégie. Ou bien vous tentez de le convaincre, que vous êtes payé pour un service à rendre. Il y a intérêt à être sûr du service que vous allez vendre ! Ou bien vous allez dans son sens, après tout le client est roi. « Vous devez avoir raison Monsieur, je ne connais pas encore votre situation, je ne peux sans doute pas vous aider, puisque vous en êtes si sûr. Je vais vous raccompagner à l’ascenseur ».  Dans votre tête, c’est tournée manège. Vous avez une main derrière le dos, avec les doigts triplement croisés. « Je veux bien vous expliquer, mais je ne veux pas perdre mon temps ». Ca tombe bien parce que du temps, on n’en a pas.

L’assistant social joue parfois des rôles. La vie, elle, elle est loin d’être drôle.

 

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