Quand le Burn out mène à la rue !

Lors de ce premier entretien, je sentais qu’il y avait quelque chose d’un peu … bizarre.

Cette dame de 60 ans était venue me voir en urgence. Elle n’avait plus rien. La CAF lui avait suspendu le RSA. 500 balles par mois pour vivre, en tout et pour tout. Sacrée CAF, à quoi joues-tu encore ?

De la paperasse pas donnée à temps par la pauvre dame, un peu, beaucoup, dépassionnément perdue ! Elle était désemparée au milieu de tous ces foutus papiers. Heureusement, pour cette fois, on a bien réussi à débloquer cette sale affaire. L’attente sera tout de même de plus d’un mois avant que son dossier soit enfin  régularisé. Cette pauvre dame pourra ensuite percevoir ses droits et avoir de quoi manger.

J’appelle la CAF : « Bonjour, je suis assistant social, j’accompagne une personne en grande précarité. Elle n’a plus rien pour vivre, payer son loyer, manger. Vous m’avez indiqué que les délais étaient d’un mois pour que son dossier soit régularisé. Possible de les réduire un peu vue l’urgence de la situation ? « 

La CAF répond  : « Si vous aviez fait les démarches directement sur internet en vous connectant sur notre site http://www.caf.fr, les délais auraient pu être réduits à 72H ».

« Oui, oui, je comprends (en fait non, je ne comprends pas, je bouillonne même, mais dans la technique de com’ on nous apprend à  être empathique avec notre interlocuteur en se mettant à sa place pour comprendre ses contraintes …) , mais la personne que j’accompagne est en grande difficulté, elle n’a pas d’ordinateur, ne sait pas s’en servir. Elle a cru bien faire en se déplaçant directement à la CAF. En plus elle a attendu 2 heures sur place. »

La CAF répond : « Je ne peux rien faire. Je vais essayer de vous passer une technicienne ».

Bip, bip, bip … et puis encore des bip. Je raccroche.

Maintenant que les présentations sont faites avec la CAF, parlons de ma petite dame.

Au fil de la conversation, elle me raconte son histoire. Ce passé, qui résonne comme  au présent. Elle me dit qu’avant, elle avait un travail. Elle aidait les gens malades. Avant que son propre état de santé ne se dégrade. Elle me raconte ses relations délétères, qu’elle entretenait avec son patron.

« Mon patron « m’a tuer ». Il me harcelait, vous savez. Il était toujours derrière moi à tout contrôler. Il me demandait de travailler toujours plus, soirs et week-ends. Je n’étais jamais tranquille. Il ne voulait plus mes payer mes heures supplémentaires, alors que je travaillais beaucoup. Beaucoup trop. Je n’en pouvais plus, je suis partie. J’ai démissionné. Je suis tombée en burn out. J’étais en dépression, vous savez. »

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Cela fait 2 ans, qu’elle a quitté son travail. Depuis, elle déprime. Pleure dans les bras d’un psychiatre. Comme si le fantôme de son bourreau continuait de la poursuivre. Elle a laissé son appartement coqué, qu’elle ne pouvait plus payer. Elle a trouvé une chambre privé sous les toits, sans eau chaude ni électricité.

Elle m’expliqua : « Ah oui, vous savez c’est pas facile, sans électricité. Je dois mettre des bougies. Les douches à l’eau froide, je n’en peux plus. »

Je comprenais peu à peu d’où venait cette chose « bizarre », que je n’arrivais pas à définir au début de ce premier entretien.

Lors du second entretien, j’avais du ouvrir porte et fenêtres du bureau. Son état se dégradait du fait de cette précarité, qui s’imposait à elle. Comme un poids, qui vous écrase, elle perdait sa dignité. Ses mains noircissaient de crasse. Elle dégageait une odeur, qui l’excluait de la normalité. Elle ne pouvait plus se fondre au milieu de l’humanité.

Quand le burn out peut mener à la précarité et à la rue… il y a urgence !

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