Du RSA au Revenu Universel … les travailleurs sociaux encore attaqués !

Nous entendons de plus en plus parler de Revenu Universel de « base » ou « minimum ». Ce revenu permettrait de passer d’un RSA sous condition à un revenu inconditionnel, qui irait vers plus d’égalité et de justice. Le « RUM » a pour objectifs de lutter contre la pauvreté, l’exclusion et le chômage. En effet, par exemple, le RSA n’est pas versé à tout le monde, et son versement est soumis à la signature régulière d’un contrat d’accompagnement. https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/N19775

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Dernièrement, j’entendais que ce nouveau revenu universel minimum  permettra de faire disparaître tous ces contrats pour le RSA qui ne serviraient à rien, juste à faire fonctionner du fonctionnaire pour faire du contrôle. Ce raccourci empli de représentations et d’amalgames est choquant. Il ne peut laisser indifférent le travailleur social.

Tous les travailleurs sociaux qui accompagnement les bénéficiaires du RSA seraient des fonctionnaires ? Qui feraient tous du contrôle ? Le contrat ne sert à rien ? En gros, NOTRE boulot d’insertion ne servirait à rien ? NOUS ne servirions à rien ? Le travail social n’existe pas, quoi.

Il y en a qui s’en « RUM » un peu trop vite. [RUM = Revenu universel minimum]

Si l’on défend le revenu universel, c’est que l’on défend l’idée que tout le monde a le droit au bien être, à vivre dignement, mais que le travail ne peut être le seul moyen individuel d’atteindre ces objectifs. Il y a aussi une solution collective. Or l’accompagnement social dans le cadre du contrat pour le RSA participe à l’insertion professionnelle, mais aussi et surtout à l’insertion SOCIALE. Il me semble tout à fait incohérent de défendre l’idée d’un revenu universel tout en luttant contre ce qui permet à des personnes exclues d’exister autrement que par le travail.

Rappelons d’abord que l’accompagnement social est fondé sur des principes déontologiques et une éthique forte.
http://www.anas.fr/Le-code-de-deontologie_a735.html :« Art. 15 – L’Assistant de Service Social ne doit pas accepter d’intervenir, ni de fournir des renseignements dans un but de contrôle. « 

Ensuite, le contrat est un outil de rencontre avec des personnes le plus souvent en situation de précarité et d’exclusion. Les temps d’échanges autour du contrat servent à informer des droits, qui pourraient éventuellement être ouverts afin d’améliorer le quotidien de ces personnes. C’est aussi un moment d’écoute, un lien qui peut rattacher ces dernières à la société. En plus d’être un confident nécessaire, l’assistant social représente souvent une des seules armes que ces personnes possèdent pour affronter les vicissitudes de leur vie face à des institutions complexes, qui les achèvent plus qu’elles ne les aident.

Enfin, le contrat est un outil pour mettre en oeuvre une réflexion autour du projet de la personne aidée. L’usage de l’écriture est un moyen pour articuler cette réflexion. Il est important de se poser pour se projeter sur plusieurs mois voire plusieurs années. S’informer, se former, se réorienter, cela demande du temps, de la maturation et surtout un accompagnement. Lever les freins pour repartir vers de nouveaux horizons, un peu moins sombres.

Au lieu d’opposer des dispositifs, qui sont tous là pour aider des personnes qui en ont le plus besoin, ne pourrait-on pas réfléchir à comment les améliorer  ? Pourquoi le législateur ne lutte pas pour permettre au plus grand nombre de bénéficier déjà du RSA, qui est bel et bien un revenu minimum, mais qui exclu encore trop de personnes, qui sont pourtant dans des situations de précarité. Pourquoi ne pas commencer par augmenter son montant, afin d’atteindre la dignité tant souhaitée ? Pourquoi ne pas commencer par considérer que l’activité bénévole est une démarche d’insertion, alors qu’à ce jour celle ci n’est pas reconnu, menaçant des milliers de bénévoles de risquer la suspension du versement de leur RSA car ils ne rechercheraient pas de travail ? Pourquoi ne pas développer le secteur de l’insertion par l’activité économique (IAE), parfois seul asile pour des milliers de demandeurs d’emploi exclus d’un monde du travail libéral ?

Il peut être choquant par exemple de voir comment le secteur public de l’insertion des demandeurs d’emploi est parcellisé et cloisonné. Il existe plusieurs services d’administrations et d’institutions différentes, qui travaillent dans le cadre de la même politique sociale, celle de l’accompagnement des demandeurs d’emploi, et plus particulièrement des bénéficiaires du RSA. Cela ne peut que créer des ruptures dans le parcours d’insertion, que cette insertion soit sociale ou professionnelle, en plus bien sûr que de créer des inégalités de traitement.

Revenons en au Revenu universel. Celui-ci aurait pour objectifs de lutter contre la pauvreté, l’exclusion et le chômage. C’est bien le but du RSA (Revenu de solidarité active), qui a remplacé le RMI en 2008 pour donner un minimum de dignité à ceux qui n’en ont pas, non ? Le RSA c’est 527 € pour une personne seule. Est-ce un montant suffisant pour vivre décemment en France ?

Il semble que le montant du revenu universel ne serait guère plus élevé si ce dispositif voyait le jour (un jour) en France. Or, si l’on ajoute les aides connexes (ou annexes), le montant perçu est plus proche du seuil de pauvreté que du montant du RSA. Par ailleurs, si l’on a estimé un seuil de pauvreté et que le but du revenu universel est de lutter contre la pauvreté, il semble logique de verser un montant au moins égal au seuil de pauvreté,soit plus proche des 1000€ que des 500 €. http://www.inegalites.fr/spip.php?article343

En attendant, des millions de personnes sont pauvres en France et vivent dans l’indignité. Ne peuvent pas se soigner, ne peuvent pas se loger, ne peuvent pas partir en vacances, ne peuvent pas manger à leur faim… il y a une réelle souffrance du fait d’un misère sociale. Pourtant toutes ces personnes ne sont pas au chômage, il y en a qui travaillent durement. Il ne faudrait pas se tromper de combat entre le fantasme d’un revenu universel qui nous excuserait de rien pouvoir faire d’autre pour améliorer la vie de ces millions de personnes (et d’enfants!), alors que le combat pour un travail dignement rémunéré et une éducation qui permette une réelle égalité des chances, jetant au fond du puits le déterminisme clivant et appauvrissant, est loin d’être fini !

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