« La Rue des Allocs », de la fiction à la réalité !

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Avant même sa diffusion par M6 le 17 août 2016, l’émission « la Rue des Allocs » faisait déjà polémique. Il semble indécent de montrer des personnes sans le sous, au chômage, pauvres …  à la télé.

Exploitation ? Incapacité pour ces personnes de se prémunir d’abus ? De se défendre face à la médiatisation ? C’est sans doute pas complètement faux. Mais dans ces temps difficiles où l’on parle de liberté, qui a le droit de museler une personne à sa propre place ?

Lorsqu’on est pauvre il faudrait rester caché ? Alors que les riches, eux, auraient les capacités (intellectuelles ?) innées, ils seraient assez comme il faut pour notre morale, pour avoir la liberté de passer à la télé. Il existe pourtant déjà de nombreuses autres émissions qui s’immiscent dans la vie des gens (Tellement vrai, Confessions intimes, Strip-tease…). Est ce symptomatique , dans notre pays, de ne pas pouvoir parler argent et pauvreté librement ? Le pauvre n’a pas le droit d’exister. Il serait la marionnette d’intellectuels, de ceux qui savent mieux, pour décider à sa place de ce qu’il doit dire, écrire, montrer, être.

Première hypothèse, le pauvre n’est pas comme tout le monde, il est faible, alors il faut le protéger, le cacher de tous les méchants médias. Ne pas en parler pour éviter qu’on s’intéresse (un peu trop) à lui.

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« Désormais la guerre est déclarée non plus à la pauvreté mais aux pauvres, enrôlés dans ce combat contre eux-mêmes. Ils font l’objet de la vigilance des savants, de la sollicitude des experts et d’une surveillance continue des acteurs publics et ne sont plus traités comme des citoyens malheureux ou mal intégrés mais comme des incapables. » Hélène Thomas

 

Trop souvent j’entends des critiques car dans la société on ne parle jamais du social, de toutes les personnes invisibles, du travail social, du fondement de l’accompagnement social, des métiers de l’action sociale. Le français en plus d’être râleur est très critique. Faisons donc la critique positive qu’il existe en France des pauvres et que des professionnels sont au quotidien à essayer de trouver des solutions pour aider ces personnes !

Deuxième hypothèse, parler d’allocations ou d’aides sociales est tabou. C’est mal d’en percevoir, alors vaut mieux ne pas le faire savoir. Chut !

Il est vrai que le titre de l’émission peut être stigmatisant. Les « Allocs », c’est connoté péjorativement. Pourtant il s’agit de notre système social français. Nous pouvons en être fiers. Sans ce filet de sécurité, le taux de pauvreté ne serait pas de 14% en France, mais avoisinerait les 25% ! Pourquoi ne pas en parler à « voix haute » ? Ne soyons pas complices de cette monodictétature !

L’émission aurait aussi pu être rebaptisée « la Rue de la Solidarité » !  On y voit des gens qui triment pour survivre, qui s’aident mutuellement. Gitan est salarié mais se donne de la peine pour compléter ses revenus. Marie Jo, 59 ans qui a perdu son mari et a une incapacité de travailler, doit survivre avec 800 euros. Elle est très entourée, heureusement, et regorge (encore) d’une énergie vivifiante. David, lui est au RSA, moins de 500 euros par mois pour manger, se loger, payer les factures. Franck 41 ans au chômage, et son cousin Jérôme, tous deux bénéficient d’allocations chômage de moins de 1000 euros par mois. La seule chose qui compte c’est de retrouver un travail, car l’ennuie rôde et nuit !

Ces gens là ont aussi droit à avoir des loisirs, à faire du sport, à partir en vacances, aller à la piscine l’été … Vous pourriez vous en passer, vous ?

Ce n’est pas un choix de vivre avec des allocs ! Bien loin des préjugés véhiculés régulièrement dans la conscience collective par des politiques mal intentionnés.

Trop souvent la participation à la solidarité nationale, comme le paiement d’un impôt, est vue comme une contrainte, alors qu’elle devrait être considérée comme une action citoyenne individuelle pour aider des millions de personnes à se loger, se nourrir, se soigner …

Cette émission démontre bien, et on l’a vu, que la vie dans la « Rue des allocs »est une lutte quotidienne que peu des gens envieraient de vivre aussi, avec (à cause) de ces « allocs ».

Attendons la seconde émission pour observer le travail des professionnels de l’action sociale (si l’émission ne les oublie pas) …

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