Le DALO, le droit à attendre un logement social D’Allôôôô ??? quoi !!!

Ce matin, je me suis encore pris la (bip) avec l’administration. Quoi ? Encore l’administration ?

Cette fois-ci, ce n’est pas avec la Caf, ni avec la sécurité sociale.

A propos, c’est quoi l’administration ? Dans notre conscience collective, il s’agit des fonctionnaires.Tous des (bip 2 fois) ! Pourtant, à la Caf, à la Sécurité sociale, à Pôle emploi, il y a très peu de chance que vous soyez accueilli par un fonctionnaire ! Petit détail, il s’agit surtout d’organismes de droit privé.

Revenons à mon mouton DALO. Selon le Centre d’observation de la société : « Chaque année, plus de 150 000 ménages sont assignés en justice pour impayés de loyer, leur nombre ayant même atteint 175 000 en 2014, selon le ministère de la Justice. Seule une  minorité des décisions sont mises à exécution de façon autoritaire : on compte environ 60 000 commandements à quitter les lieux et 12 000 expulsions avec l’emploi de la force publique. »

Ces personnes en difficulté ont le plus souvent fait une demande de logement social.Il y a 1,9 millions de demandeurs de logement social en France.  Les personnes expulsées, entre autres, sont amenées a faire un recours auprès de la préfecture pour être relogées, lorsqu’elles n’arrivent pas à le faire par leur propres (pauvres) moyens. C’est ce que l’on appelle le DALO, le Droit au logement opposable. Il y a près de 96000 personnes qui ont déposées un recours DALO en 2015. http://www.drihl.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr/qui-peut-beneficier-du-droit-au-logement-opposable-r424.html

Les préfectures mettent en place un accueil physique et/ou au moins un accueil téléphonique. Pour la capitale, c’est le E-DALO 01 45 77 77 77 . Quand on a besoin d’infos (et un peu d’aide si c’est encore possible), on appelle !

 Dans un service social, il arrive de remplacer des collègues, de reprendre des dossiers d’usagers en cours de route. On ouvre un dossier qui raconte l’histoire d’une situation sociale, les vicissitudes d’une vie ! De la paperasse pour qui n’en veut, des lignes et des lignes de notes, des documents administratifs incompréhensibles pour des cerveaux sous diplômés du travail social, et des tonnes de justificatifs ! C’est tellement simple l’administration, surtout lorsqu’on est en difficulté…

Ce matin, j’ai repris le dossier d’un collègue. Je saute dedans, au milieu de toute la paperasse, ça dégueule de partout. J’essaie de reconstituer le puzzle de la vie de cette personne, cassée par le temps. Il me faut maintenant l’accompagner. Il y a une procédure d’expulsion locative, avec un concours de la force publique requis, et… pas encore accordé. Ouf ! Rien de très surprenant. Une personne comme vous, comme moi, qui travaillait, payait son loyer … et un jour, accident de la vie. Il est en situation de handicap, perd son travail, son salaire et accumule des dettes. Il passe de presque 2000€ à 808€ d’allocation pour adultes handicapés. Par contre son loyer reste le même. Et vous savez qu’à Paris, les loyers sont chers, très chers !

Dans son dossier, je trouve un papier noyé au milieu de dizaines d’autres, avec le logo de la préfecture. C’est le DALO. Le monsieur que j’accompagne est éligible, il a le droit à être relogé par le préfet, wahou ! C’est déjà ça de gagné. Je regarde cependant la date de ce courrier : mai 2013 !?  Et depuis, il s’est passé quoi ?? Vous imaginez mon grand sourire se flétrir en moins de deux…  Comme je n’ai pas d’autres infos croustillantes dans le dossier de la personne, j’appelle la plateforme téléphonique DALO de la préfecture.

Il est 9h35. Je me dis que la boutique vient d’ouvrir, je n’aurais pas trop à attendre. Pas de temps à perdre.

On me demande d’abord de taper sur 1 ou sur 2 puis de retaper sur 1 ou sur 2 puis … d’attendre.

Je suis placé 8ème dans la liste d’attente.

Une voix off m’informe que le temps d’attente est de 5min à 10min.

Je me dis, ça va, c’est du rapide chez eux ! Moins d’une minute par personne, wahou, finalement les questions de logement et d’expulsion locative, c’est simple !

Je suis maintenant 7ème , puis 6ème, puis 5ème dans la file d’attente. Cette 5ème position me condamne à attendre plus longtemps.

Heureusement, il y a une petite musique, des arpèges de piano pour nous bercer, nous endormir ou nous faire fuir en douceur ?!

Je monte à la 4ème position, puis à la 3ème. La 3ème position, c’est la plus longue ! On y a est presque, mais on y est pas encore. Peur de la panne d’électricité dans le service qui ferait tout capoter. Il faudrait tout recommencer.

Je m’accroche, il est 9h45, les 10 min d’attente annoncées sont dépassés.

Miracle, de la 3ème  , je passe à la 1ère position. Vous n’imaginez pas le grand sourire qui apparaît sur mon visage, pourtant quelque peu dépité.

Une voix off répète en boucle (quel boulot ingrat!) qu’un conseiller va répondre à mon appel. On me remercie de préparer mon numéro unique de demandeur de logement social. Depuis le temps, bien sûr que je l’ai préparé ! J’ai même eu le temps de faire des dessins et de casser ma mine mille fois.

Il est 9h49 et là c’est le drame : « tous les conseillers sont déjà en ligne. Nous vous invitons à renouveler votre appel dans d’autres plages horaires … ». Ils sont pas en ligne avec moi en tous cas ! Je suis pourtant premier. Mais alors avec qui sont-ils en ligne tous LES conseillers (oui, apparemment il y en a DES). Pas avec moi en tous cas !

Je respire profondément. Prends une bonne bouffée d’air. Expire lentement.

Je décide de rappeler. Ah oui, je suis obstiné. Ok, j’avoue avoir suspecter l’administration d’user d’une nouvelle technique de communication inventée par un de ces cabinets d’audit sortant de HEC, polytechnique et compagnie, pour désespérer les gens déjà bien désespérer par la vie. Qu’ils abandonnent !

 Il est 9h50 lorsque je rappelle le E-DALO.

Même chose que pour le premier appel, mais cette fois, je suis classé 9ème et pas 8ème dans la liste des appelants. Mais qui sont ces huit personnes devant moi qui ont pu appeler entre 9h49 et 9h50 ?

Je gravi les marches une à une. C’est pas le J.O. mais presque ! C’est du sport le social, faut de l’énergie.

Il est alors 10H00 lorsque j’atteinds le toit des sans toits.

Je ferme les yeux très fort pour espérer entendre la voix charmante d’une opératrice et non pas la même rengaine « tous les conseillers sont occupés, veuillez rappeler ultérieurement ». Mon coeur bat très, mais alors très très fort.

Heureusement, c’est bien la voix humaine d’une opératrice et qui  très bien su répondre à mes questions.

Temps d’attente total pour joindre ce service public, 30 minutes pour 3 minutes d’échanges téléphoniques.

Tout ce travail est invisible, et pourtant il fait partie intégrante et représente l’essentiel du métier d’assistant social. La patience. Un acte professionnelle qui demande une vocation certaine !

La personne que j’accompagne est reconnue handicapée par la Maison départementale des personnes handicapée.  Bien sûr, l’assistant social ne combat pas l’administration. Mais il  doit composer avec. C’est le liant (et un chiant !) indispensables (trop souvent) pour des centaines de milliers de personnes délaissées  sur le bord de la route.

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