Paroles d’assistant social vous livre dans cet article le témoignage prenant de Max, assistant social, qui partage son expérience de la protection de l’enfance au sein d’une Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes (Crip).

Paroles d’assistant social ! ou Quand les enfants sont en danger ou en risque de danger, dé »C.R.I.P »t’âge des comptes de faits de la Crip ! (Par Max)

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La CRIP est le service emblématique de la réforme de la Protection de l’enfance instituée par la loi du 5 mars 2007. Elle est sa cheville ouvrière,  la courroie de transmission entre le Conseil Départemental et le Parquet. Elle est aussi un lieu de ressources important pour tous les professionnels.

La CRIP  recueille et traite toutes les informations dites préoccupantes (IP) et les propositions de signalement judiciaire adressés par les professionnels ayant eu à connaître des situations de mineurs en danger ou en risque de l’être.

Nos interlocuteurs ce sont tous les acteurs de la politique sociale de la santé et de l’éducation, SSDP CASVP, la CAF, la PMI, l’Education nationale, le SSFE (2ème degré) et le SSS (1er degré), les hôpitaux, les services de soins de la santé mentale, les professions de santé, dont les médecins libéraux. La CRIP est saisie aussi des allégations de dangers recueillis par le numéro 119 du SNATED émanant de particuliers, des personnes de l’environnement de l’enfant, de la famille, des voisins, dont l’identité restera confidentielle.

 La CRIP où je travaille est composée d’une équipe administrative importante (7) et d’une équipe de 5 travailleurs sociaux qui doivent assurer ensemble la permanence du recueil des éléments de danger et la réactivité des services sociaux en charge de garantir aux mineurs les sois, l’éducation, la sécurité auxquels ils ont droit en apportant toutes les aides aux parents.

La CRIP où je suis est l’une des seules à s’être dotée d’une équipe socio-éducative aussi importante. C’est la garantie contre le risque d’un circuit purement administratif, une approche bureaucratique, détachée des réalités que vivent les familles et des contraintes du travail de terrain (nous avons tous une expérience dans différents domaines, ce qui nous permet des échanges croisés d’expériences).

Le TS qui travaille à la CRIP a deux contraintes fortes : l’absence de contact avec les familles (sauf urgences après 17h30) et le temps à définir pour l’évaluation de la situation qui lui est communiquée.

Le TS de la CRIP n’est pas sur le terrain, mais il l’a été pendant plusieurs années, cela lui permets de voir derrière les mots, au cœur des dossiers, les personnes, les familles. Il connait aussi les difficultés du travail social et éducatif, il sait ce qu’est une situation complexe, ce que cela va impliquer d’avoir un entretien avec un parent maltraitant, ce que signifie mettre en œuvre un accompagnement social pour une mère qui a vécu dans l’errance pendant des mois, des années, ou de convaincre un adolescent qui présente des troubles d’aller au CMP…

Concrètement le TS reçoit tous les jours, les écrits qui arrivent par courrier, courriel ou par fax. Il en prend connaissance et doit évaluer, dans un  temps donné, des situations, pour certaines, urgentes,  concernant des enfants et des adolescents en difficulté ou en souffrance,  pour lesquelles  des préconisations sont faites, des mesures d’aides envisagées. Il demande des évaluations complémentaires aux autres services ou professionnels connaissant la famille ou compétents au regard de l’âge ou de la problématique ( PMI pour les enfants de 0 à 3 ans ou 6 ans lorsque l’enfant n’est pas scolarisé).

Les services sont donc saisis par la CRIP pour rencontrer la famille et évaluer  les risques de danger ou le danger. A l’issue de l’évaluation les professionnels adressent un rapport à la CRIP avec une préconisation ou concluent à l’absence de danger ou de risques de danger. Il s’agira alors de poursuivre l’accompagnement en cours, de rester vigilant quant à l’évolution de la situation de l’enfant, d’orienter les parents vers une structure spécialisée, un soin, un service de médiation…

Soit ces mesures et ces orientations ont reçu l’accord des parents et les services mettront en place un accompagnement afin de soutenir les parents,  soit  les parents refusent ou sont dans l’incapacité d’accepter les aides indispensable à l’éducation, la sécurité, le bien-être de l’enfant, ce qui met l’enfant en danger. Alors une transmission aux autorités judiciaires est proposée par le TS de la CRIP au responsable qui le valide.

Il ne s’agit pas de signaler tout enfant qui a une difficulté, ceux-ci n’ont pas vocation à avoir un dossier à la CRIP.  Quant au professionnel en difficulté c’est auprès de son responsable de service son cadre, son équipe qu’il va d’abord chercher des réponses, ou un soutien.  C’est la concordance de plusieurs facteurs de risques et de danger qui requiert d’informer la CRIP pour la recherche d’autres solutions. Le TS va demander l’intervention ou le regard d’un autre service sur la situation, qui complétera les éléments apportés. Le TS  va proposer une orientation qu’il soumet au cadre de la CRIP qui doit la valider par sa signature, par une décision de transmission au Parquet par une demande de mesure d’aide à L’ASE.

Le TS de la CRIP est aussi à côté du téléphone toute la journée et lorsqu’il est de permanence, à Paris jusqu’à 19H au moins. Il est à la disposition des professionnels pour apporter au téléphone un conseil technique sur des situations complexes ou délicates. Dans la distance, il échange avec une assistante sociale, un médecin, un directeur d’école qui se pose des questions sur l’approche à avoir par rapport à une problématique particulière, parfois lourde, une communication difficile avec les parents, une situation complexe, pour savoir comment les aborder avec les parents ; ou ce sont des confidences d’un enfant, des traces de coups… Et aussi une aide à la rédaction du rapport.

Tout n’est pas destiné à la  CRIP. Tous les jours les services sociaux travaillent dans le champ de la protection de l’enfance. Il y a les synthèses, les CPPEF, le travail entre partenaires du secteur, du secteur de la PMI, du CMP. La CRIP recueille les IP, elle ne les génère pas.

Le TS lit aussi beaucoup à la CRIP. Il s’agit, dans le recul, d’examiner avec attention les écrits transmis par fax, courriers, courriels qui relatent et présentent des difficultés et problématiques, violences, carences éducatives, manque de soins, maltraitances physiques, psychologiques… et repérer les facteurs de risques et de dangers pour les mineurs. D’évaluer les préconisations des services et les écrits demandant une mesure de protection judiciaire, parfois rappeler un service pour demander des éclaircissements, un changement dans l’écrit (on ne demande une mesure judicaire en disant que les parents sont d’accord pour une AEMO et en n’ayant jamais proposé une AED…).

Le TS de la CRIP doit faire preuve de… bon sens et de diplomatie.

La CRIP étant l’interlocuteur privilégié du Parquet des Mineurs, le TS de la CRIP est en lien tous les jours avec le Parquet pour toutes les demandes urgentes de mise à l’abri (OPP) ou de transmission de certificat médical (pour déclencher une enquête et une visite aux UMJ).

Pour les demandes d’OPP le TS doit synthétiser les écrits dans le bordereau de fax et mettre en lumière le danger pour l’enfant et la nécessité d’une séparation pour sa propre sécurité.

Pour les demandes de saisine d’un Juge des Enfants suite à une évaluation, c’est la même chose, nous rédigeons un argumentaire à destination du Parquet, si on n’y arrive pas on échange entre collègues… bien souvent si on n’arrive pas à rédiger c’est qu’il y a un problème dans l’écrit… si on n’arrive pas à être convaincant c’est qu’on n’est pas convaincu….

Travailler à la CRIP c’est voir, ne jamais oublier les personnes derrière les dossiers, c’est permettre quelque fois (souvent ?) dans l’échange avec notre regard extérieur, non investi de la situation, mais engagé avec le professionnel, une meilleure compréhension des difficultés, simplement confirmer dans l’échange, l’analyse, les propositions et la pertinence d’une orientation…

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